REER ou CELI au Québec : lequel choisir?
Question classique, et l'une des décisions financières les plus importantes pour un Québécois en début ou en milieu de carrière. Bonne nouvelle : la réponse est presque entièrement déterminée par votre taux marginal d'imposition — aujourd'hui par rapport à plus tard. Ce guide explique le pourquoi, donne des exemples concrets et liste les erreurs à éviter.
Les bases : ce qu'il faut savoir avant de comparer
Le REER et le CELI sont deux régimes fiscaux fédéraux. Au Québec, on en parle énormément parce qu'ils sont au cœur de la planification financière de la majorité des contribuables. Ils ont chacun une logique très différente.
Le REER en bref
Le Régime enregistré d'épargne-retraite vous permet de cotiser jusqu'à 18 % de votre revenu gagné de l'année précédente (plafonné, environ 32 490 $ en 2025). La cotisation est déduite de votre revenu imposable, ce qui réduit votre impôt à payer ou augmente votre remboursement. Les rendements à l'intérieur sont à l'abri de l'impôt. Au moment du retrait (à la retraite ou en RAP/REEP), tout est imposable au taux marginal applicable cette année-là.
Le CELI en bref
Le Compte d'épargne libre d'impôt permet de cotiser un montant fixe par année (7 000 $ en 2024 et 2025; le total cumulatif depuis 2009 est d'environ 102 000 $ pour un adulte qui a toujours été admissible). Aucune déduction d'impôt à la cotisation, mais aucun impôt au retrait. Les rendements ne sont jamais imposés, et le CELI ne compte pas dans le calcul de la PSV ni du SRG à la retraite.
La règle simple en une ligne
Si votre taux marginal aujourd'hui est plus élevé que celui que vous aurez au retrait, le REER l'emporte. Sinon, le CELI.
Cette règle découle directement des mathématiques. Si on suppose des rendements identiques, le REER et le CELI donnent exactement le même résultat net quand les deux taux marginaux sont identiques. Toute différence entre les deux taux fait pencher la balance.
| Situation | Conclusion |
|---|---|
| Taux actuel élevé (37 %+) et retraite modeste prévue (~28 %) | REER avantageux |
| Taux actuel modeste (28 % et moins) avec carrière qui monte | CELI d'abord |
| Taux actuel = taux retraite estimé | Indifférent (équivalent net) |
| Risque réel de perdre la PSV ou le SRG à la retraite | CELI privilégié |
Pour calculer votre cas précis avec votre revenu, ouvrez notre calculateur REER vs CELI : il estime votre taux marginal automatiquement et affiche le scénario « REER + remboursement réinvesti » pour une comparaison équitable.
Trois scénarios québécois chiffrés
Scénario 1 : Marie-Eve, 28 ans, agente immobilière (revenu modeste)
Marie-Eve gagne 45 000 $. Son taux marginal combiné est d'environ 27,5 %. À la retraite, elle prévoit un revenu modeste qui pourrait la rendre admissible au SRG. Si elle cotise au REER, sa déduction lui rapporte ~275 $ pour 1 000 $ cotisés. Mais à la retraite, ce 1 000 $ retiré du REER pourrait lui faire perdre 500 $ de SRG en plus de l'impôt courant. Conclusion : le CELI est nettement supérieur dans son cas.
Scénario 2 : David, 42 ans, ingénieur (revenu élevé)
David gagne 130 000 $. Son taux marginal est d'environ 47,5 %. À la retraite, il prévoit ~65 000 $ de revenu (FERR + RRQ + PSV), soit un taux marginal projeté autour de 32 %. Une cotisation REER de 10 000 $ lui économise 4 750 $ d'impôt aujourd'hui. À la retraite, ce 10 000 $ aura crû à environ 32 000 $ (à 6 % sur 20 ans), retiré à 32 % = ~21 760 $ net. Si en plus il réinvestit son remboursement, le REER bat le CELI d'environ 5 000 $ à 8 000 $ sur cette cotisation. REER avantageux.
Scénario 3 : Patricia, 35 ans, médecin résidente (revenu en forte hausse)
Patricia gagne 75 000 $ comme résidente, mais terminera bientôt et gagnera 300 000 $+. Cotiser au REER maintenant à un taux marginal de 37 % est moins avantageux que d'attendre dans deux ans, où elle déduira au taux maximum de 53,3 %. Stratégie optimale : privilégier le CELI maintenant, accumuler les droits de cotisation REER, puis cotiser massivement au REER quand son revenu sera maximal. C'est l'argument fort du CELI pour les jeunes professionnels en montée de carrière.
Erreurs fréquentes
1. Comparer 1 000 $ au REER avec 1 000 $ au CELI
Une cotisation REER de 1 000 $ libère un remboursement d'impôt. Si vous comparez 1 000 $ « bruts » au REER avec 1 000 $ « après impôt » au CELI, vous comparez deux choses différentes. La comparaison équitable réinvestit le remboursement d'impôt dans un CELI.
2. Dépenser le remboursement d'impôt
Beaucoup de Québécois cotisent au REER en mars, reçoivent un beau remboursement en mai... et le dépensent. Dans ce cas, le REER perd une grande partie de son avantage face au CELI. Le remboursement doit être réinvesti pour que le calcul tienne.
3. Cotiser au REER avec un revenu trop bas
À 30 000 $ de revenu, votre taux marginal est faible (~27,5 %), et la déduction n'a pas grande valeur. Mieux vaut cotiser au CELI et conserver vos droits REER pour les années où votre revenu sera plus élevé.
4. Oublier les retraits forcés du FERR à 71 ans
À 71 ans, votre REER doit être converti en FERR, qui impose des retraits annuels minimums. Pour un gros REER, ces retraits peuvent vous faire perdre la PSV (récupération à 15 ¢/$ au-delà de ~93 454 $). Le CELI n'a aucun retrait obligatoire et n'est pas comptabilisé.
5. Oublier le CELIAPP pour une première propriété
Si vous prévoyez acheter un premier logement, le CELIAPP combine le meilleur des deux : déduction comme le REER, retrait non imposable comme le CELI. À considérer avant tout choix REER ou CELI traditionnel.
Le bon mix REER + CELI
En pratique, la majorité des Québécois devraient utiliser les deux. La question est dans quelle proportion et dans quel ordre. Voici une heuristique solide :
- Maximisez le RRSP employeur si votre employeur cotise (c'est de l'argent gratuit).
- Remplissez le CELIAPP si vous achèterez une première propriété dans 5-15 ans.
- Au taux marginal < 30 % : remplissez d'abord le CELI.
- Au taux marginal > 35 % : cotisez au REER jusqu'à ramener le revenu sous 100 000 $, puis CELI.
- Au-delà : tout dans le REER, puis CELI, puis non enregistré.
Cette séquence est volontairement simplifiée. La vraie planification tient compte de la PSV/SRG, du fractionnement de pension, du conjoint, des dons de bienfaisance, etc. Mais elle évite les pires erreurs.
Et le CELIAPP?
Le Compte d'épargne libre d'impôt pour l'achat d'une première propriété (CELIAPP) introduit en 2023 est un outil puissant pour les futurs propriétaires. Cotisations jusqu'à 8 000 $/an (40 000 $ à vie), déduction comme le REER, retrait non imposable pour l'achat d'une première propriété — comme le CELI. Si vous êtes admissible et achèterez dans les 15 ans, c'est presque toujours la première priorité avant CELI ou REER.
Calculateurs liés à ce guide
- Calculateur REER vs CELI : comparez votre cas exact.
- Estimateur d'impôt Québec : pour connaître votre taux marginal réel.
- Calculateur PSV + SRG : pour évaluer les récupérations à la retraite.
- Calculateur retraite : pour projeter votre capital final.